Modules courts, formation ancrée dans le terrain, développement des savoir-faire : l’approche par compétences s’impose peu à peu comme un levier clé pour adapter les formations aux besoins des entreprises. À l’UNC, une conférence dédiée a réuni professionnels et acteurs de la formation autour de ce modèle encore exigeant à mettre en œuvre.

Dans le cadre du développement du pôle formation continue et alternance, l’UNC a fait appel à Christelle Lison, enseignante-chercheuse à l’université de Sherbrooke, au Canada, et spécialisée en approche par compétences, pour œuvrer avec les équipes de l’UNC sur une façon différente d’appréhender l’offre destinée aux professionnels. Modules courts, adaptés à des besoins concrets du terrain, critères basés sur du savoir-faire et du savoir-être davantage que sur de la connaissance théorique… L’occasion était alors trop belle de dessiner « un trait d’union, une passerelle entre la formation initiale et la formation continue, un lien entre l’université et les gens de terrain, les professionnels », souligne Christelle Lison. Mercredi 22 avril, l’enseignante-chercheuse de Sherbrooke a ainsi donné une conférence devant près de 70 personnes issues du monde professionnel. L’amphi 80 est comble. Membres de services de ressources humaines, recruteurs, organismes de formation, tous ont répondu à l’appel.
Connaissances, savoir-faire et savoir-être
L’approche par compétences, au cœur de la conférence de Christelle Lison, s’inscrit dans une logique de développement professionnel continu. Loin d’un simple effet de mode, elle vise à accompagner l’évolution des individus tout au long de leur carrière, dans un monde en constante transformation. Cette approche repose sur un « savoir-agir complexe » : mobiliser connaissances, savoir-faire et savoir-être pour répondre à des situations concrètes. Elle fait le lien entre formation et réalité du terrain, avec un objectif clair : favoriser l’adaptation, l’autonomie et la capacité d’initiative. Mais pour être efficace, la formation doit dépasser l’acquisition de savoirs. Elle suppose un environnement favorable, où les compétences peuvent être mises en pratique et partagées au sein de l’entreprise. Sans cela, les apprentissages restent sans impact réel. L’approche par compétences invite à repenser la formation comme un levier stratégique, utile, concret et porteur de sens, au service des individus comme des organisations.
La machine est en marche
Si les professionnels semblent adhérer largement au concept d’approche par compétences, sa mise en pratique reste encore particulièrement complexe. « C’est un concept qui peut être extrêmement puissant sur la transformation des individus dans l’entreprise, sur l’amélioration de la performance, et c’est un concept également très exigeant car il suppose une transformation de l’ensemble des acteurs de la formation », constate Philippe Martin, directeur de la Direction du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle du gouvernement. Pour autant, le temps consacré aux échanges avec le public à l’issue de la conférence a permis de constater que nombre de services de ressources humaines et d’organismes de formation se sont d’ores et déjà saisis de la question de l’approche par compétences. Un constat allant dans le sens de Christelle Lison, qui insiste sur l’idée d’être « capable de mettre les acteurs en discussion et, plutôt que de réinventer la roue et de faire deux fois la même formation, se poser la question de comment mutualiser, ou compléter ».
S’inspirer les uns des autres

Du côté des participants, même constat. « L’approche par compétences, c’est un sujet sur lequel on travaille depuis trois ans, commence Cawidrone Ukeiwe, chargé de GPEC (Gestion prévisionnelle des emplois et compétences) et développement des compétences au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. J’ai été étonné d’entendre que cela faisait 25 ans que le ministère de l’Agriculture travaillait sur le sujet ! » Assister à la conférence a permis à Cawidrone Ukeiwe et sa collègue Léa-Asmara Nomoredjo de prendre le pouls des avancées réalisées dans ce domaine par leurs confrères et consœurs du domaine privé. « Nous sommes très intéressés par les différents outils que le milieu privé utilise pour mener à bien les démarches liées aux compétences. » Pascal Besançon et sa collègue Estelle Jacobs, du pôle ressources humaines de la SLN, ont assisté à la conférence de Christelle Lison avec un grand intérêt. « La SLN est pleinement engagée dans la démarche. Nous sommes au milieu du chemin, nous sommes en train de décrire les référentiels de compétences avec une méthode que nous avons choisie, relate Pascal Besançon, DRH adjoint à la SLN. Mais c’est toute une culture à changer, à accompagner sur le moyen terme. Au-delà de notre fonctionnement interne, c’est très bien que l’université évoque l’approche par compétences, car nous devons avoir des formations initiales et de la formation continue qui répondent aussi à ce besoin, et je sais que l’université est particulièrement proactive. »
Sur le bon chemin
Inviter Christelle Lison pour une mission d’accompagnement de ses équipes est une confirmation indéniable de la volonté de l’UNC d’adapter ce concept à son pôle formation continue. « Notre objectif est de développer des formations avec toutes les compétences que nous avons à l’université, enseignants, enseignants-chercheurs, vacataires, prestataires externes, avec toujours un porteur académique qui assure une forme de garantie, le tout co-construit au regard du besoin de l’entreprise », confirme Delphine Nedaud, directrice de la formation continue et de l’alternance à l’UNC. Cette conférence a permis de rassurer les acteurs présents sur leur démarche de modification profonde des systèmes de formation. « Cette conférence me permet de garder espoir, de voir que c’est possible, conclut Léa-Asmara Nomoredjo, chargée de formation et de compétences au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Notre société fait face à de nombreuses transformations, à des écarts générationnels, l’approche par compétences nous permettrait de répondre à ces transformations et de faire preuve d’agilité. »


