Retour sur la journée d’études organisée à l’Université de la Nouvelle-Calédonie autour des nouvelles technologies de numérisation du patrimoine.
Photogrammétrie, scan 3D, lasergrammétrie, drone LiDAR… Les technologies d’imagerie numérique transforment aujourd’hui les pratiques de recherche, de documentation et de conservation du patrimoine.
À l’Université de la Nouvelle-Calédonie, une journée d’études a réuni chercheurs, archéologues, professionnels de la culture et du patrimoine, spécialistes de la topographie et de l’imagerie, autour d’un objectif commun : mieux faire connaître les possibilités offertes par ces outils et favoriser les collaborations sur le territoire.
Du terrain au modèle 3D
Après une introduction de Louis Lagarde, directeur de l’unité de recherches ISLE – Institut Sociétés, Langues, Éducation de l’UNC, la journée a débuté par un éclairage venu de Polynésie française avec Théotime Peyre, du Centre international de recherches archéologiques sur la Polynésie (CIRAP – UPF), consacré aux applications patrimoniales de la photogrammétrie terrestre.
La matinée s’est ensuite poursuivie autour de plusieurs expériences développées en Nouvelle-Calédonie.
Hélène Roelens-Flouneau et Kéryl Elia, de l’UNC, ont notamment présenté les possibilités offertes par les scanners 3D et les e-corpus pour passer de la capture des données à la constitution d’archives patrimoniales collaboratives.
Le service topographie de la province Sud, représenté par Styvens Bastien, Stéphanie Domergue et Louise Alikie-Di Meo, a présenté un retour d’expérience consacré au relevé 3D d’une opération archéologique.
Autre application : l’utilisation du drone pour documenter le patrimoine naturel et culturel. Pascal Dumas, de l’UNC – UMR Espace-DEV, a ainsi présenté le travail réalisé sur l’île Walpole, montrant comment les prises de vue aériennes peuvent contribuer à l’acquisition, à la modélisation et à la documentation des sites.
Lire autrement les vestiges et les monuments
L’après-midi a permis d’explorer d’autres applications de ces technologies.
À partir du cas de la Boulangerie de Nouville, Louise Alikie-Di Meo et Stéphanie Domergue ont montré comment les modèles 3D peuvent contribuer à améliorer la lisibilité et l’interprétation des vestiges archéologiques.
La journée a également ouvert le regard au-delà du Pacifique avec la présentation de la stèle de Balchiria, en Corse-du-Sud, par Franck Leandri. Ce monument exceptionnel du Néolithique méditerranéen a été étudié grâce à la complémentarité de plusieurs techniques : relevés traditionnels, imagerie en lumière rasante, scan 3D et photogrammétrie.
Une approche qui illustre tout l’intérêt de croiser les méthodes pour révéler des informations parfois difficiles à percevoir à l’œil nu.
De la Nouvelle-Calédonie à l’Hexagone : partager les expériences
La dernière partie de la journée a permis de mettre en perspective plusieurs expériences de numérisation du patrimoine archéologique et des grottes ornées.
Antoine Laurent, de l’UMR TRACES, et Thomas Sagory, du Musée d’archéologie nationale, ont présenté différents retours d’expérience menés dans l’Hexagone et en Nouvelle-Calédonie.
La journée s’est poursuivie avec une présentation consacrée aux résultats obtenus sur la grotte de Cap Bocage, à Houaïlou, par Derek Kawiti, de Victoria University of Wellington.
Ces échanges ont permis de montrer que les outils numériques ne constituent pas seulement de nouvelles techniques de relevé : ils peuvent devenir de véritables outils de connaissance, de conservation, d’analyse et de transmission du patrimoine.
Créer des passerelles entre patrimoine et recherche
Au-delà des présentations techniques, cette journée avait surtout pour ambition de faire se rencontrer des compétences et des besoins.
Les professionnels des musées et des institutions patrimoniales disposent de collections, de sites et de fonds qui peuvent bénéficier de ces nouvelles technologies. De leur côté, les chercheurs, archéologues, topographes et spécialistes de l’imagerie développent des méthodes et des savoir-faire susceptibles de répondre à ces besoins.
Cette rencontre permet ainsi d’ouvrir de nouvelles pistes de collaboration entre les établissements patrimoniaux, les collectivités et le monde de la recherche.
À travers l’ISLE, l’UNC entend contribuer à jouer un rôle de point nodal entre ces différents acteurs, afin de favoriser la circulation des compétences et la construction de projets communs.
Un rendez-vous appelé à se renouveler
Cette journée d’études pourrait constituer le premier rendez-vous d’une série consacrée aux relations entre patrimoine et recherche.
D’autres thématiques pourraient être explorées lors de prochaines éditions : langues, analyses physico-chimiques des objets, traditions orales et contes, conservation-restauration, muséographie ou encore préfiguration de grandes expositions.
Une ambition commune : mettre la recherche au service de la connaissance, de la préservation et de la transmission des patrimoines de Nouvelle-Calédonie et du Pacifique. Une journée pour croiser les regards, partager les savoir-faire et faire émerger de nouvelles collaborations autour des patrimoines calédoniens.
