Du 22 au 27 juin 2026, l’Université de la Nouvelle-Calédonie a accueilli la première édition de la Pacific Political Science Masterclass. Organisée entièrement en anglais, cette semaine intensive a réuni une vingtaine d’auditeurs venus de Nouvelle-Calédonie et de nombreux pays et territoires du Pacifique, autour d’un programme associant enseignements académiques de haut niveau, rencontres institutionnelles, mises en situation diplomatiques et travaux collectifs. Avec 80 candidatures reçues pour 20 places, cette première édition confirme l’intérêt régional pour une formation consacrée aux dynamiques politiques, institutionnelles et géopolitiques de l’Océanie.
Une première édition à forte dimension régionale
Étudiants, doctorants, jeunes chercheurs, professionnels et acteurs associatifs ont constitué une promotion volontairement diverse, réunissant des participants de Nouvelle-Calédonie, du Vanuatu, des Fidji, des Îles Salomon, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de l’île Norfolk, d’Hawaï et d’autres territoires de la région. Plus de la moitié des auditeurs venaient de l’extérieur de la Nouvelle-Calédonie, donnant à cette première Masterclass une véritable dimension océanienne.
Le choix de l’anglais comme langue exclusive de travail démontre la volonté de l’UNC de proposer des produits de mobilité académique courts et adaptés au public régional très majoritairement anglophone. Au-delà de l’exercice linguistique, il s’agissait de créer un espace commun de dialogue entre des participants aux parcours et aux cultures variés, mais confrontés à des enjeux souvent comparables : intégration régionale, gouvernance, décolonisation, souveraineté, développement économique, protection de l’environnement, coopération et influence des puissances extérieures.
Cette rencontre en présentiel a également rappelé l’importance des relations humaines dans un espace aussi vaste que le Pacifique. Comme l’a souligné le Dr George Carter, les crises et les défis partagés doivent pouvoir être abordés « face à face ». Dans une région où les distances sont immenses et les occasions de se retrouver encore trop rares, la Masterclass a offert un temps privilégié pour mieux se connaître, confronter les expériences et faire naître de nouvelles coopérations.
Un programme dense, entre enseignements et immersion institutionnelle
Conçue et coordonnée par le Dr Anthony Tutugoro, chercheur en science politique au LARJE-UNC, la Masterclass reposait sur un format particulièrement exigeant : des conférences et séminaires chaque matin, suivis l’après-midi de visites au sein des principales institutions de la Nouvelle-Calédonie et des organismes engagés dans la coopération régionale.
Les premières séances ont permis d’aborder l’histoire des migrations et du peuplement, les comportements électoraux, les inégalités en Nouvelle-Calédonie, ainsi que les processus de paix et les référendums dans les sociétés divisées. La journée consacrée aux stratégies indo-pacifiques a ensuite proposé des éclairages complémentaires sur l’action internationale des territoires ultramarins, la place de la France dans la région, la géopolitique néo-calédonienne et la stratégie de puissance de la Chine.
Les auditeurs ont également travaillé sur les mutations contemporaines du Pacifique : usages politiques des réseaux sociaux, avenir du multilatéralisme, régionalisme océanien, droit de l’environnement, économie politique du développement et comparaison des économies insulaires. Une présentation de la délégation de l’Union européenne pour le Pacifique et une session consacrée au projet Vision Kanak de l’Océan ont complété ce parcours, en mettant en regard les cadres internationaux de coopération et les savoirs, représentations et pratiques issus du monde kanak.
La qualité scientifique du programme et la diversité des approches ont été particulièrement saluées par les participants. Le croisement de la science politique avec l’histoire, l’économie, le droit, la géographie, les relations internationales et les savoirs océaniens a permis d’appréhender les enjeux régionaux dans toute leur complexité, sans dissocier les analyses académiques des réalités vécues par les populations et les institutions.
Des échanges privilégiés avec les plus hautes autorités
L’un des points forts de la semaine a résidé dans la qualité de l’accueil réservé aux auditeurs par les institutions partenaires. Au Sénat coutumier, ils ont approfondi leur compréhension de l’organisation coutumière et de la place des autorités coutumières dans la vie publique. Au Haut-commissariat de la République, le haut-commissaire Jacques Billant a personnellement présenté les compétences exercées par l’État en Nouvelle-Calédonie et répondu aux nombreuses questions des participants.
Au Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, le président Alcide Ponga et les membres de son cabinet ont reçu la promotion pour un échange de près de deux heures sur le fonctionnement de l’exécutif, les politiques publiques et les relations régionales du territoire. La visite du Congrès a, quant à elle, permis de mieux comprendre l’architecture institutionnelle singulière de la Nouvelle-Calédonie et les mécanismes de représentation et de décision qui la caractérisent.
Le jeudi, les participants ont été accueillis à la base navale par le commandant supérieur des Forces armées en Nouvelle-Calédonie, le général Gabriel Soubrier. Celui-ci leur a présenté les moyens, les missions et les actions conduites par les forces armées basées en Nouvelle-Calédonie, notamment dans les domaines de la surveillance maritime, de la protection du territoire, de l’assistance aux populations et de la coopération avec les partenaires de la région.
Ces rencontres de très haut niveau ont donné aux auditeurs un accès direct aux responsables chargés de concevoir, d’expliquer et de mettre en œuvre les politiques publiques. Elles ont constitué un prolongement concret des enseignements du matin et permis de mieux saisir l’articulation entre les compétences de l’État, celles de la Nouvelle-Calédonie, les institutions coutumières et les dispositifs de coopération régionale.
À la CPS, la diplomatie régionale mise en pratique
La séquence organisée le jeudi après-midi au siège de la Communauté du Pacifique (CPS) a été l’un des temps les plus appréciés de la semaine. Les équipes de la CPS ont d’abord présenté les missions, l’organisation et les méthodes de travail de cette organisation internationale au service de ses pays et territoires membres, avant de proposer un focus très concret sur le protocole des événements diplomatiques.
Les auditeurs ont ensuite participé à un jeu de rôles les plaçant dans la position de délégations nationales chargées de défendre leurs priorités et de négocier leur soutien à une politique régionale. Cette mise en situation a mobilisé leurs capacités d’analyse, d’argumentation, d’écoute et de recherche du compromis. Elle a également permis de mesurer les contraintes propres aux négociations multilatérales, dans lesquelles chaque délégation doit articuler intérêts nationaux et recherche d’une réponse collective.
La journée s’est achevée par une réception diplomatique et une session de rencontres rapides avec plusieurs représentations présentes en Nouvelle-Calédonie. Les participantes et participants ont notamment pu échanger directement avec les consules générales d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Ce format de « speed meeting » a offert une occasion rare de découvrir les métiers de la diplomatie, de présenter des projets et de commencer à construire des contacts professionnels à l’échelle régionale.
Apprendre ensemble et construire des réseaux durables
Tout au long de la semaine, la richesse de la Masterclass s’est également jouée en dehors des temps formels. Les repas partagés, les déplacements et les travaux en groupe ont favorisé des échanges approfondis entre des personnes qui, sans cette initiative, auraient eu peu d’occasions de se rencontrer. Les participants ont pu comparer leurs pratiques, identifier des problématiques communes et imaginer de futures collaborations académiques, professionnelles ou associatives.
Les témoignages recueillis pendant la semaine ont souligné cette double valeur ajoutée : mieux comprendre les sciences politiques à l’échelle du Pacifique et mieux se connecter aux autres jeunesses et communautés de la région. Plusieurs auditeurs calédoniens ont également insisté sur l’importance d’acquérir les connaissances, les codes et la maîtrise de l’anglais nécessaires pour accéder aux opportunités régionales et, à leur tour, en faire bénéficier les jeunes de Nouvelle-Calédonie.
Le samedi 27 juin, les groupes ont présenté les travaux élaborés au fil de la semaine, sous la forme de restitutions et de documents de synthèse. Cette dernière matinée a mis en évidence la capacité des auditeurs à mobiliser les concepts, les informations recueillies lors des visites et la diversité de leurs expériences pour produire une réflexion collective sur les enjeux du Pacifique.
La cérémonie de clôture, organisée au Centre culturel Tjibaou, a été particulièrement riche en émotions. Les gestes coutumiers d’au revoir exprimés par les participants ont témoigné de l’intensité des liens créés au cours de cette semaine d’immersion. Au-delà des connaissances acquises, la première promotion repart ainsi avec un réseau de relations personnelles et professionnelles appelé à vivre dans la durée.
Une initiative appelée à se poursuivre
Le succès de cette première édition conforte la stratégie de rayonnement régional de l’Université de la Nouvelle-Calédonie. L’UNC entend développer les formations, les événements scientifiques et les partenariats qui permettent de mieux inscrire la Nouvelle-Calédonie dans son environnement océanien, tout en faisant du territoire un lieu d’accueil, de réflexion et de dialogue sur les grands enjeux politiques du Pacifique.
La Masterclass constitue également une étape importante dans la structuration des études politiques à l’UNC, en amont de l’ouverture prévue en février 2027 d’une licence d’études politiques. Cette future formation devra permettre aux étudiants de se former localement, tout en bénéficiant d’une ouverture internationale et de mobilités prioritaires vers les universités partenaires de la région.
Avec 80 candidatures reçues pour seulement 20 places, des évaluations très positives et une forte mobilisation des partenaires, l’Université souhaite désormais reconduire et pérenniser ce format. Une prochaine édition permettrait d’élargir encore le réseau constitué, de renforcer les coopérations académiques et institutionnelles et d’offrir à une nouvelle promotion l’expérience d’une formation véritablement pensée par et pour le Pacifique.
Remerciements
L’Université de la Nouvelle-Calédonie adresse ses remerciements les plus chaleureux à l’ensemble des participantes et participants, dont l’engagement, la curiosité et la qualité des échanges ont fait le succès de cette première édition.
Elle remercie le Dr Anthony Tutugoro pour la conception et la coordination scientifique de la Masterclass, ainsi que l’ensemble des services et personnels de l’UNC mobilisés pour son organisation. Ses remerciements vont également au Fonds Pacifique pour son soutien, ainsi qu’à toutes les institutions et organisations qui ont accueilli les auditeurs : le Sénat coutumier, le Haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie, le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, les Forces armées en Nouvelle-Calédonie, la Communauté du Pacifique, la délégation de l’Union européenne pour le Pacifique, le projet Vision Kanak de l’Océan et le Centre culturel Tjibaou.
Enfin, l’UNC remercie très sincèrement les intervenantes et intervenants académiques : pour l’UNC, Anthony Tutugoro (LARJE), Louis Lagarde (UMR SHS), Samuel Gorohouna (LARJE), Pierre-Christophe Pantz (UMR SHS et LARJE), Claire Joachim (LARJE) et Laïsa Roi (LARJE) ; Sylvain Brouard (Sciences Po Paris, CEVIPOF) ; Sémir Al Wardi (Université de la Polynésie française, GDI) ; Fred Constant (Université des Antilles, Laboratoire caribéen de sciences sociales) ; David Delfolie (Sciences Po Lille, IRASEC et Institut Pondok Perancis) ; Jope Tarai (Australian National University et University of the South Pacific) ; George Carter (Australian National University, Department of Pacific Affairs et ANU Pacific Institute) ; et Gordon Nanau (University of Auckland, School of Māori Studies and Pacific Studies). Leur contribution a donné à cette première édition toute sa richesse et sa portée régionale.





