Sous les pas des étudiants, l’histoire de la Nouvelle-Calédonie

Chaque jour, près de 3 000 étudiants arpentent le campus de Nouville pour rejoindre leurs salles de cours, la bibliothèque universitaire ou les amphithéâtres de l’Université de la Nouvelle-Calédonie. Beaucoup ignorent que sous leurs pas se déploie le plus vaste site historique de Nouméa : l’ancienne île Nou, cœur du système pénitentiaire calédonien.

C’est pour redonner chair à cette mémoire, souvent méconnue, que l’Association Témoignage d’un Passé (ATUP) est intervenue auprès des étudiants de première année, à l’occasion des journées d’intégration universitaires, afin de les sensibiliser à l’histoire du lieu qu’ils fréquenteront quotidiennement pendant plusieurs années.

L’île Nou, un lieu chargé d’histoire(s)

Bien avant d’accueillir l’université, l’île Nou a connu plusieurs vies. Occupée dès la période pré-européenne, elle devient au milieu du XIXᵉ siècle le principal pénitencier-dépôt de la colonie, accueillant des condamnés à la transportation, à la relégation et à la déportation. Entre 1864 et 1897, près de 22 000 condamnés y purgent leur peine, et plus de 8 000 y trouvent la mort, certains étant encore enterrés à proximité du site actuel. « Avant d’être un site universitaire, ce lieu a été un espace de souffrance, de travail forcé, mais aussi de rencontres humaines qui ont façonné la société calédonienne d’aujourd’hui », rappelle Yves Mermoud, président de l’ATUP. D’ailleurs, plusieurs bâtiments universitaires actuels occupent les structures mêmes de l’ancien pénitencier, comme les ateliers de fer et de bois, les casernes des surveillants ou encore les logements des officiers.

Si l’histoire du bagne est parfois perçue comme lointaine, elle traverse pourtant l’ensemble des communautés calédoniennes. « Beaucoup de jeunes ignorent que cette histoire est aussi la leur, souligne Yves Mermoud. Certains découvrent ici que leur arrière-arrière-grand-père venait d’Auvergne, de Corse ou de Seine-Maritime. D’autres comprennent que leurs ancêtres kanak ont aussi été impliqués dans le fonctionnement du pénitencier. Cette mémoire est collective ».

Ce temps de sensibilisation joue un rôle essentiel dans la construction du lien entre les étudiants. Comprendre que l’on étudie sur un site chargé d’histoire et que l’on marche chaque jour sur les traces de celles et ceux qui ont façonné le pays permet de développer un sentiment d’appartenance, à la fois à l’université et à la Nouvelle-Calédonie. Se réapproprier une histoire commune contribue à créer des repères, à tisser des liens entre générations et entre communautés, et à se rassembler autour d’une mémoire collective. Cette démarche prend tout son sens dans le contexte actuel, et encore plus à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, lieu de transmission des savoirs, de formation des citoyens et de construction du vivre-ensemble.

L’ATUP, 50 ans au service de la mémoire

Créée il y a près de cinquante ans, l’Association Témoignage d’un Passé œuvre à la sauvegarde, à la recherche et à la valorisation du patrimoine pénitentiaire et historique calédonien, notamment sur le Site historique de l’île Nou. L’objectif, rendre cette mémoire accessible au plus grand nombre grâce par exemple à un centre de consultation d’archives, à des expositions, à des visites guidées ou à d’autres évènements culturels.  « Notre rôle n’est pas de juger le passé, mais de le transmettre, de lui donner du sens, pour permettre à chacun de se l’approprier », complète le président. Le pavillon d’accueil du site, ouvert gratuitement en semaine, reste pourtant largement méconnu des étudiants, alors même qu’ils passent quotidiennement devant ses portes. « Plus de 3 000 étudiants sont ici toute l’année, et presque aucun ne visite le site historique. Il y a là un véritable enjeu de transmission », constate Yves Mermoud, qui a profité de l’occasion pour encourager les étudiants présents à passer au pavillon d’accueil.

Vers un partenariat renforcé avec l’UNC

Au-delà de cette première sensibilisation, l’ATUP souhaite tisser des liens durables avec l’Université de la Nouvelle-Calédonie, notamment dans le cadre de sa Mission action culturelle et coordination de la vie étudiante  : c’est en ce sens qu’une convention a été signée l’an dernier. Parmi les pistes de développement envisagées, l’installation d’une borne tactile interactive retraçant l’histoire du pénitencier-dépôt, la relance de projets avec les étudiants de l’IUT MMI, l’accueil de stages d’étudiants en histoire, ou encore la participation conjointe à de grands événements patrimoniaux.

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